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Réduire la consommation de pétrole ou produire plus d’énergie?


Avertissement : Il y a un peu beaucoup de haute voltige réflexionnelle dans cet article. Les hamsters scientifiques, économiques, environnementalistes et philosophiques se sont concertés pour écrire un document passablement indigeste dans le propos, mais que les hamsters écrivains ont tenté de bien formuler. Il y a même eu quelques interventions des hamsters d’affaires.

Ce vendredi 19 novembre, je vais me rendre à Rimouski pour assister au Forum des acteurs socioéconomiques pour les Rendez-vous de l’énergie du Bas-Saint-Laurent. Mon entreprise n’est pas directement impliquée dans le domaine de l’énergie ou de l’environnement, mais je porte un intérêt marqué pour l’économie pétrolière depuis 2006.

Avec la somme de documents, de livres, d’articles, de recherches et d’entrevues vidéo étudiés et analysés depuis ce temps, je peux comparer les connaissances que j’ai de ce domaine à ma maîtrise en gestion des organisations. De toute façon, ne dit-on pas que les études universitaires sont faites pour apprendre à apprendre?Donc pour l’occasion, nous devons répondre à une question simple, mais drôlement paradoxale. Cette question est comprise dans un cahier de référence que vous pouvez consulter sur le site web des rendez-vous sur l’énergie.

Dans cette référence, nous pouvons lire la question pour laquelle nous voulons tenter de trouver une réponse :

« Comment le Québec peut-il diminuer sa consommation de pétrole et accroître son indépendance énergétique tout en favorisant le développement économique et social harmonieux de son territoire? »

Nous déconstruirons cette question un peu plus tard dans cet article.

À petite dose nous vous illuminerons

Ce document est certainement une bonne introduction à la problématique du pic pétrolier. On indique que lorsque le pic pétrolier sera passé, il y aura toujours du pétrole, ce qui est vrai. Il est démontré que le problème c’est que l’on n’est plus capable d’en augmenter la production. J’imagine que vous aurez remarqué la dernière fois que vous êtes allé faire le plein.

Cependant, le document est plein de raccourcis qui sont nécessaires et utiles pour qu’à tout le moins un début d’idées de tentatives de démarches voient le jour. Si on s’en fie aux différents investissements publics dans les derniers mois, nous aurons certainement de beaux arénas, de magnifiques parcs et des terrains de soccer de la qualité et possiblement quelques études et des tentatives pour trouver des solutions.

Par tentatives, j’inclus les recherches et les investissements dans la biomasse forestière, les usines de biométhanisation et d’autres projets du genre. Ne vous méprenez pas, la taille du problème dépasse largement ce que vous pouvez imaginer de plus gros. Croyez-moi, notre imagination personnelle et collective n’est pas très efficace dans ces cas-ci.

Le Dr Robert Hirsch a publié une étude en 2005, très exhaustive, nommée Peaking of world oil production : impact, mitigation & risk management (pdf). Ce qui est intéressant, c’est l’analyse complète de toute une série de moyens pour remplacer le pétrole ou trouver des solutions.

OK, déjà, une traduction simple de ce document nous aurait économisé beaucoup de temps. Mais au Québec, ce qui est bon ailleurs, n’est pas vraiment applicable ici. On est une société distincte tout de même. Dans ce document très bien fait, il est indiqué que dans le meilleur des mondes avec un programme intensif de la même envergure que la production réquisitionnée pour la 2e guerre mondiale, cela prendrait 20 ans pour implanter toutes les solutions.

Bien sûr, on parle de toutes les solutions.

C’est simple à imaginer, j’ai une voiture qui date de 1998, elle a 12 ans. Elle pourrait rouler encore 2-3 ans, peut-être plus encore. Cela nous indique donc que le parc de véhicules routier ne sera pas remplacé de sitôt. Il en va de même pour tout ce qui utilise de l’énergie présentement.

Ce qui est le plus préoccupant, c’est que finalement, l’Agence Internationale de l’Énergie, dans son rapport annuel World Energy Outlook 2010 (pdf français) nous indique que la production de pétrole à atteint son maximum en 2006 et qu’il ne remontera plus jamais à ce niveau. La production va chuter dramatiquement dans les prochaines décennies.

Je vous vois déjà vous diriger vers le bouton « fermer » pour retourner à Facebook. C’est normal, nous n’aimons pas ce genre de nouvelles, on ne veut pas se faire dire que le party est fini. Qui est le tannant qui a allumé la lumière?

On ne veut donc pas trouver une solution pour un futur considérablement lointain, on veut une alternative pour une situation qui existe depuis 4 ans.

De l’eau dans le gaz?

Est-ce que vous avez eu de la difficulté à avoir de l’essence depuis 2006? Un peu? Pas beaucoup? Pas du tout? Les chances sont que depuis 2006, vous ayez pu faire le plein chaque fois que vous avez voulu. Donc, le pic pétrolier n’implique pas nécessairement un problème de distribution des produits pétroliers.

Du moins, en apparence, il n’y a pas de problèmes. En 2006 et en 2007, bien avant la « crise bancaire » plusieurs pays émergeant avaient des difficultés avec la production d’électricité à partir de mazout et le prix des engrais chimiques (à base de gaz naturel) a explosé. Le Bangladesh, l’Inde d’autres pays et même certains États chez nos voisins du sud ont manqués de pétrole.

Quel moyen avons-nous trouvé collectivement pour réduire de manière obligatoire notre consommation totale de pétrole?

Une bonne vieille crise économique majeure!

Comme en 73, comme en 79, comme en 83, comme en 91. Toutes ces crises ont été provoquées par les impacts directs d’une limitation ou d’une réduction de la production pétrolière mondiale. La différence avec les autres crises, c’est qu’il n’y a pas de relève prévue de la production future du pétrole. Il a été démontré historiquement que pour produire du pétrole, il faut en trouver. Cela prend 10 à 12 ans pour amorcer l’extraction pétrolière d’un gisement particulier. On peut facilement ajouter 10 ans si c’est au Québec.

Qu’est-ce que l’on fait en attendant?

Et on attend, devant la télé, devant le Canadien, devant une bonne bière et pourquoi pas, devant un bon repas. On se fie sur « Yvon » :

  • Y vont trouver un moyen;
  • Y vont inventer un super truc;
  • Y vont penser pour nous;
  • Y vont nous sauver;
  • Y vont prier fort.

Une question paradoxale et inutile

Revenons à la question du document sur les Rendez-vous sur l’énergie auquel nous devons, tout illuminés que nous sommes, trouver une réponse :

« Comment le Québec peut-il diminuer sa consommation de pétrole et accroître son indépendance énergétique tout en favorisant le développement économique et social harmonieux de son territoire ? »

Décortiquons la question.

Diminuer sa consommation de pétrole

Nous l’avons vu plus haut, ce n’est pas nécessaire. Le paradoxe de l’économie de l’énergie, tel que discuté dans ce dernier article, fait en sorte que peu importe la manière que vous utiliserez pour réduire votre consommation de pétrole, un autre acteur économique en consommera un peu plus ou l’équivalant.

Ce n’est pas nécessaire, car le seul moyen de vraiment réduire sa consommation de pétrole, c’est de réduire sa production. Ce qui est en train de se produire. J’avais presque oublié, quand on réduit la production du pétrole, on affecte directement l’économie mondiale et il y a moins de gens qui travaillent ou participent activement à l’économie. Cela réduit donc la demande. Il y a une certaine logique, si plusieurs acteurs économiques cessent ou réduisent leurs achats, en finalité les usines, les camions, les voitures, les équipements de chantiers, bref tout va être moins utilisé.

Donc finalement, nous avons répondu à la première question : la consommation de pétrole va diminuer, quoi qu’on fasse.

Accroître son indépendance énergétique

Indépendant par rapport à quoi? Il est intéressant de noter que pour le transport, le Québec est dépendant du pétrole depuis les années 40 ou 50. Sa dépendance énergétique n’a pas de frontière dans le passé par contre.

Si on remonte plus loin, on remarque que le diesel et le charbon étaient des sources intéressantes d’énergie pour les trains. Dans les années 20, 80 % de la production électrique du Québec était utilisée pour les papetières et les Tramways. En fait plus de 60 % de notre production industrielle à cette époque était dirigée vers l’industrie des pâtes et papiers.

Remontons plus loin encore, au Québec, à part dans les grandes villes peut-être, le charbon n’était pas très utilisé pour le chauffage. On se chauffe au bois, avec des poêles en fonte qui proviennent des forges du Saint-Maurice. On se transporte en utilisant de l’avoine que l’on cultive dans les champs. L’avoine est utilisée comme élément essentiel servant à maintenir en vie le système équestre. Ce système équestre consomme le quart de la production agricole, mais c’est un bon système que l’on nomme souvent avec affection.

Vous me suivez? On est toujours dépendant envers l’énergie.

Toute espèce vivante à besoin d’énergie pour vivre. Toute production humaine nécessite de l’énergie dans toutes les phases de sa réalisation.

Donc, c’est une indépendance par rapport à qui!

Effectivement, il est intéressant de noter que les pays qui produisent et exportent présentement du pétrole ne limitent pas leur consommation interne. La portion de pétrole qu’ils peuvent exporter réduit de semaines en semaines. Il n’y a qu’à se rendre au Venezuela pour voir les prix à la pompe sont très bas comparativement aux autres endroits dans le monde. Cela provoque une forte croissance économique et une augmentation certaine de la consommation interne. Finalement, le reste du marché mondial va se retrouver avec encore un peu moins de pétrole.

Mais nous avons déjà trouvé une solution pour un monde avec moins de pétrole, comme indiqué plus haut.

Tout en favorisant le développement économique et social harmonieux de son territoire

Euh, oui, d’accord. Qui ne voudrait pas plus de tarte aux pommes? Tout le monde veut plus de croissance. C’est fondamental.

Dans toute espèce vivante, il y a un programme génétique et physique spécialement développé pour assurer la croissance. La croissance de l’organisme en lui-même, pour atteindre le stade ultime de son développement, celui où il se reproduit. La croissance de la population de cette entité vivante (cellule, groupes de cellules, algues, arbres, singes, nous) est programmée dans leurs mécanismes internes.

Si les entités vivantes développent une forme d’organisation ou de coopération de groupe, ce ne sera que pour s’assurer de croître mutuellement le plus possible.

Malheureusement, toute croissance qui augmente d’un certain pourcentage annuel va atteindre en finalité une limite physique certaine. L’énergie n’est qu’une seule des limites que nous avons atteintes. Il y a les limites physiques de l’environnement, les limites en phosphore et en production alimentaire et les limites des autres matériaux (minéraux, bois et autres ressources).

Et puis les environnementalistes sont venus avec une solution pas trop pire en apparence, le développement durable. Le développement durable, c’est de la croissance, mais qui tente de ne pas détruire l’environnement trop rapidement.

Sur cette notion, je vous invite à lire le très intéressant essai d’Albert Bartlett Reflexions on Sustainability, Population Growth, and the Environment. Cela demande une certaine dose d’abnégation comme lecture et certains seront confrontés dans leurs croyances philosophiques, mais c’est très intéressant.

Finalement, qu’est-ce que l’on veut vraiment

On a peur.

On a une trouille vraiment profonde, personnelle et collective. Personne ne veut que la croissance s’arrête. Malheureusement, cela arrivera un jour. Peut-être bientôt, dès maintenant ou pour un peu plus tard, dans quelques années.

On veut des énergies vertes (lire différentes du pétrole).

Dans les dernières semaines, j’ai démarré des relations d’affaires avec des entrepreneurs du Maroc, de la Tunisie, de la Chine, du Chili et de la France. Dans les 4 premiers pays, le marché pour les énergies vertes est en pleine explosion. C’est simple, tout le monde veut plus d’énergie.

En Chine, c’est pour le chauffage, le charbon commence à manquer et il existe un rationnement d’état pour le chauffage des édifices à logement multiples (les gratte-ciels). C’est aussi pour faire fonctionner les usines et subvenir à la croissance de la demande électrique.

Au Maroc et en Tunisie, on veut augmenter la production industrielle. L’électricité est surtout produite avec des centrales au mazout et les prix fluctuent souvent (lire, ils augmentent constamment). Les habitants veulent avoir accès à de l’électricité à faible coût pour chauffer l’eau, climatiser l’été, s’éclairer le soir, écouter la télévision, faire fonctionner le cellulaire ou le portable. Bref, jouir de tout ce que l’on utilise quotidiennement.

Au Chili, c’est pour un mélange des deux besoins et pour les endroits très éloignés comme l’Ile de Pâque.

Est-ce que l’on a des solutions?

Quelques-unes à court terme, mais elles ne permettent pas la construction de la seconde série de solutions. Dans ma recherche sur le déclin de l’économie pétrolière, j’ai indiqué les limites physiques réelles des différentes idées de solutions. Robert Hirsch, cité plus haut, a aussi énuméré les types de solutions possibles.

Quelles sont les conditions de base pour une solution à long terme?

  • Rapport de l’énergie produite sur l’énergie investie important, plus élevé que 1 pour 5;
  • Capacité d’une mise à l’échelle rapide au niveau planétaire;
  • Ne bénéficie d’aucunes subvention pour l’opération (crédit d’impôt, rabais fiscal, crédit carbone);
  • Idéalement, produis de l’électricité en grande quantité pour un transport de masse;
  • Idéalement, des solutions pour la machinerie agricole et de construction;
  • Idéalement, bloquer tout investissement majeur dans les routes et rediriger l’argent dans les trains pour marchandises et passagers;
  • Pour assurer une « croissance économique harmonieuse » le coût de l’énergie doit être bas.

Sans être une technologie miracle et faisant seulement partie d’un ensemble de solutions potentielles, il existe une branche du développement éolien qui est très intéressant.

De nombreuses entreprises et groupes de recherches développent des technologies d’éolien en haute altitude ou Airborne Wind Energy. De ces groupes de recherche, Kite Gen est le plus avancé avec la construction d’un prototype fonctionnel. Dans ce dernier cas, on a indiqué dans certains articles un ratio énergétique de 1 pour 347, époustouflant.

Est-ce que l’on est dans la course? Est-ce que l’on est prêt à investir les millions pour a tous le moins suivre la parade?

En tout cas, on va avoir des arénas neufs, le nec plus ultra des parterres de soccer, des parcs flamboyant et de grandes autoroutes qui seront vides inévitablement.

  1. 19 novembre 2010 à 9 h 32 min

    Bonjour,

    Votre texte est un excellent portrait de la situation et des défis qui nous attendent. Je ne manquerait pas d’inclure un lien vers celui-ci dans la prochaine mise à jour de mon blog.

    Bonne journée

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